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LE SPIRITISME

Définition

 

Allan Kardec, inventeur du mot « spiritisme », le définit comme une doctrine fondée sur l'existence, les manifestations et l'enseignement des esprits. Les spirites croient en la possibilité de nouer et d’entretenir des relations avec les âmes des morts ; 

 Au sens large, le spiritisme désigne les phénomènes encore non expliqués se produisant le plus souvent par l’intermédiaire d’un agent appelé médium. Certains adeptes le considèrent comme une sorte de religion, d’autres le considèrent comme une science. 

J-B.M-L définit simplement le spiritisme : dialogue avec une entité pensante et intelligente.  

Histoire

Depuis la nuit des temps, l’homme a tenté de rentrer en contact avec les esprits. Le « double fluidique » qui permet à l’esprit de se manifester n’est pas une hypothèse moderne, il a joué un rôle dans la plupart des religions.

 

Les Védas considérés comme les textes les plus anciens de l’humanité évoquent les esprits qui ont pour Dieu YAMA. Dans l’Egypte ancienne,  ka désigne l'énergie vitale et un double spirituel qui naît en même temps que l'humain et lui survit après la mort.

 

Lucain dans « La Pharsade » explique que la chaste Phémonoé, pythonisse du Temple de Delphes, interrogée par le fils de Pompée « consent à se laisser pénétrer par le Dieu » (phénomène de médiumnité) et meurt lorsque le Dieu se retire d’elle.

 

L’origine du spiritisme sous sa forme moderne date de 1847. Les événements qui lui donnèrent naissance se déroulèrent à Hydesville dans l’état de New York, dans la demeure du pasteur Fox. Ses filles, dont la plus jeune était âgée de 12 ans,  entendirent à plusieurs reprises des coups frappés.

Après convention d’un alphabet, elles établirent les premières communications avec l’invisible. L’esprit se présenta comme étant l’âme d’un colporteur assassiné dans la maison où il se manifestait, et réclamait pour sa dépouille enterrée dans la cave une sépulture correcte.

Après recherches, des corps furent effectivement découverts dans la cave de la famille Fox, ainsi qu’un sac de colporteur.

                                                                                               

Ce qui n’était au départ qu’une « affaire de famille » donna naissance à des cercles «psychiques» qui se formèrent dans toute l’Amérique du Nord.

En 1848, la famille Fox quitta Hydesville, encensée par les uns, critiquée par les autres pour s’installer à Rochester.

La famille ouvrit alors un cabinet de voyance et prospéra grâce à des séances de médiumnité permettant à des êtres éplorés de rentrer (ou d’imaginer rentrer) en contact avec leurs chers disparus.

 

Les événements d’Hysdeville et ceux qui de toutes parts furent constatés à cette époque (1848-1850) a donné naissance à un mouvement explosif.

Malgré les rétractations des sœurs Fox, et des séances contestables menées par des fraudeurs, une nouvelle religion était née.

Elle franchit l’Atlantique, se propagea en Allemagne puis en France dès 1853.  Le « spiritualisme » se répandit dans toute l’Europe sous l’appellation de « spiritisme », nom attribué par Allan Kardec.

 

 

LES DEBUTS DU SPIRITISME EN FRANCE

En France, il convient de mentionner les expériences, dès 1853 de de Gasparin et de Rougemont, de Victorin Sardou, celles du savant anglais Williams Crookes, etc.

 

Victorien SARDOU (1831–1908), auteur dramatique, né à Paris, prend connaissance du phénomène spirite grâce à  son ami GOUJON.

Après lui avoir parlé d’une expérience inouïe chez le consul des Etats-Unis en 1851, Goujon introduit V. Sardou dans les milieux spirites où il fait la connaissance d’Hippolyte Rivail (Allan Kardec).

Sardou, médium, raconte ses expériences dans la revue anglaise le « Grand magazine » en 1906.  (Table tournante, apport de roses, piano jouant seul, etc.) Il est également connu pour avoir exécuté des eaux fortes médiumniques remarquables comme les "Demeures célestes" de Bernard Palissy et de Mozart sous l’influence de ces derniers.

Passionné par le phénomène, il contribue à répandre la notion de communication avec les esprits en faisant participer à ses séances  l’Impératrice Eugénie.

En 1900, il préside le congrès spirite annuel.

 

 Allan KARDEC (1803-1869) participe aux séances organisées par V. Sardou. Il  note avec soin les phénomènes et les commentaires de Sardou et recueille d’autres témoignages auprès de différents médiums. La synthèse de toutes les informations recueillies, après un immense travail de synthèse fut publié dans son premier ouvrage « Le Livre des Esprits », en 1857. Des thèmes fondamentaux y sont abordés : Dieu, le sens de l’existence, la vie dans l’au-delà, la réincarnation, les lois qui s’en dégagent… L’existence de Dieu s’affirme dans son second livre « La genèse selon le spiritisme » auquel succèdera « Le livre des médiums ».

 

Allan Kardec de son vrai nom Hyppolite Rivail (Kardec étant le nom d’un druide dont il était la réincarnation) fut le premier a élaboré une véritable « doctrine spirite »  en dehors de toute religion mais les unissant toutes par son message d’amour universel.

 

Il est considéré comme le fondateur du spiritisme en France ; sa tombe au cimetière du Père Lachaise est en permanence couverte de fleurs.

 

Parmi les successeurs d’Allan Kardec, figurent des expérimentateurs, des auteurs tels que Victorien Sardou, Léon Denis, Gabriel Delanne

 

Léon DENIS (1846 – 1927) joua un rôle important dans la propagation du spiritisme.

Doté d’une rare intelligence, contraint de renoncer à ses études pour gagner sa vie, c’est un autodidacte qui deviendra membre actif de la franc-maçonnerie.

A 18 ans, il lit « Le Livre des Esprits » : c’est une révélation.

Il rencontre Allan Kardec, et n’aura de cesse à ses côtés et après sa mort d’œuvrer pour propager le spiritisme aux côtés de Gabriel Delanne et Camille Flammarion. Considéré comme « l’apôtre du spiritisme », il donna de nombreuses conférences en Europe dans des congrès internationaux bien que sa vue commença à baisser partir de 1920.

Il devait devenir complètement aveugle mais aurait été soutenu dans sa mission par des entités, Jérôme de Prague et « l'Esprit bleu ».

Il écrivit de nombreux ouvrages dont : Christianisme et Spiritisme, Après la mort, Dans l'invisible : spiritisme et médiumnité, La Grande Énigme, Le Génie Celtique et le Monde Invisible, Le Problème de l'Être et de la Destinée,…

 

Gabriel DELANNE (1857 – 1926), continuateur d’Allan Kardec, directeur du périodique « La revue scientifique et morale du spiritisme ».

Privilégiant l’aspect scientifique, il  écrit de nombreux ouvrages dont le plus connu « Le Phénomène spirite »  qui relate l’histoire du spiritisme et recueille les témoignages de savants de tous pays, il comporte également de précieux conseils donnés au médium et expérimentateurs.

Sur sa couverture figure l’affirmation de William Crookes « Je ne dis pas que cela est possible, je dis que cela est ». ainsi que l’affirmation de Victor Hugo « Eviter le phénomène spirite, lui faire banqueroute de l’attention auquel il a droit, c’est faire banqueroute à la vérité ».

Les écrits de G. Delanne sont consacrés principalement à la question de l'immortalité de l'âme et la réincarnation, parmi eux on peut citer « Recherches sur la médiumnité », 1898, « L’âme est immortelle », 1899, « le spiritisme devant la science ».

Pionnier cher aux adeptes du spiritisme, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (44e division) 


Camille FLAMMARION (1842 -1925) astronome français, découvre le spiritisme à travers « Le Livre des Esprits » d’Allan Kardec. Il entre en contact avec ce dernier, assiste à de nombreuses séances spirites au cours desquelles il fait la connaissance de Victor Hugo. Membre actif de plusieurs sociétés savantes, il s’est efforcé de porter à la connaissance du plus grand nombre les dernières découvertes scientifiques concernant l’astronomie, le climat,…

Issu d’une famille modeste dont le cadet Ernest fondera la librairie et les éditions Flammarion, Camille s’est passionné dès l’enfance pour l’astronomie. Devenu apprenti graveur dans un atelier parisien, il découvre la photographie et obtient son baccalauréat en suivant des cours du soir.

Il entre en tant qu’élève astronome à l'Observatoire impérial de Paris. La découverte du spiritisme lui ouvre de nouveaux horizons mais lui vaut d’être congédié de l’observatoire par son directeur Urbain Le Verrier suite à la publication de son livre « La pluralité des mondes habités » qui fit scandale.

Après avoir été rédacteur de la revue Le Cosmos, où il mena campagne contre l’administration de Le Verrier, il devient en 1865 rédacteur scientifique du journal « Le siècle » et organise de nombreuses conférences pour faire connaître l’astronomie au grand public.

Le 2 avril 1869, il prononce l'éloge funèbre d'Allan Kardec et affirme : « le spiritisme est une science, pas une religion ».

 

Il fonde en 1883 l’observatoire de Juvisy-sur-Orge. En 1887, il crée la Société astronomique de France, dont il est le premier président et dont il dirige le bulletin mensuel jusqu'à sa mort, l'Astronomie.

 

Camille Flammarion et le spiritisme : entre science et mystère

  

À une époque où la science progresse rapidement et où les certitudes religieuses sont de plus en plus remises en question, le spiritisme surgit comme une tentative de réconcilier foi, science et quête de sens.

Popularisé en France par Allan Kardec dans les années 1850, le spiritisme prétend qu’il est possible d’entrer en communication avec les esprits des morts, notamment à travers les médiums.

 

Flammarion, homme de science et esprit libre, ne rejette pas d’emblée ces idées. Au contraire, il s’y intéresse avec sérieux et méthode. Il participe à de nombreuses séances spirites, souvent en tant qu’observateur.

Mais attention : il ne se considère pas comme un spirite, au sens religieux ou dogmatique du terme.

Il rejette la croyance aveugle, les impostures et les charlatans. Ce qui l’intéresse, c’est d’explorer les phénomènes inexpliqués, avec l’espoir que certains puissent un jour trouver une explication rationnelle.

 

Dans son ouvrage "L’Inconnu et les problèmes psychiques" (publié en 1900), Flammarion rassemble des témoignages, des observations et des réflexions sur des phénomènes tels que les apparitions, les communications médiumniques, les expériences de mort imminente, ou encore la transmission de pensée.

Il tente de les analyser avec les outils de son temps, mêlant psychologie, physique, et philosophie.

Pour lui, il serait prématuré de rejeter ces phénomènes simplement parce qu’ils ne rentrent pas encore dans le cadre de la science officielle.

 

Flammarion adopte ainsi une position originale : il refuse le dogmatisme aussi bien des croyants que des rationalistes purs. Il affirme :

"La mort n’est pas la fin de tout. Il y a autre chose. Une continuité. Un mystère que la science doit explorer, sans préjugé."

 

Cette phrase résume bien son état d’esprit : ouvert, mais exigeant. Il veut croire que l’esprit humain est plus vaste que ce que nous percevons.

Il soupçonne que la conscience pourrait survivre à la mort, mais il attend des preuves, ou du moins des indices solides.

 

Flammarion n’est pas le seul scientifique à s’intéresser à ces questions. Des figures comme Alfred Russel Wallace (co-théoricien de l’évolution) ou William Crookes (chimiste et physicien britannique) ont eux aussi exploré les frontières entre science et spiritisme.

Mais Flammarion se distingue par la qualité littéraire de ses textes, sa sensibilité, et sa volonté de rendre ces sujets accessibles à tous, sans jamais sombrer dans l’irrationnel pur.

Son regard sur la mort est profondément humain. Il écrit : "La mort n’est qu’un changement d’état.

Le départ d’un voyage vers une forme d’existence encore inconnue, mais que l’on peut pressentir. Aujourd’hui encore, ses écrits fascinent.

Certains y voient les prémices de la parapsychologie moderne, d’autres un témoignage poétique et courageux d’un homme qui a osé questionner l’invisible. Car Flammarion n’était ni un mystique aveuglé, ni un matérialiste borné : il se situait entre les deux, sur cette ligne de crête où la science rencontre la philosophie, et parfois, la spiritualité.

 

Cependant, voici quelques nuances importantes à connaître :

Flammarion et les communications spirites : une curiosité, pas une source d'inspiration directe.

Flammarion a assisté à des séances spirites, parfois très impressionnantes selon ses récits.

Il a entendu des messages prétendument venus d’esprits, vu des médiums en action, et noté des cas troublants.

Dans certains témoignages qu’il publie (comme dans L’Inconnu et les problèmes psychiques ou La mort et son mystère), des médiums disent recevoir des informations de défunts.

Ce qui l’inspire vraiment : l’idée d’une survie de l’âme.

Ce qui inspire Flammarion, ce n’est pas un esprit en particulier, mais plutôt l’idée que l’univers est plus vaste que ce que la science connaît.

 

Citation éclairante de Flammarion

"Il est plus scientifique d'étudier un phénomène inexpliqué que de le nier."

Cette phrase résume bien son approche : il s’intéresse au spiritisme non pour y chercher des maîtres invisibles, mais pour comprendre ce qu’ils révèlent sur l’homme, l’âme, et la nature de la réalité.

 

Conclusion

Non, Flammarion ne s’est pas inspiré d’un esprit pour élaborer ses travaux. Il s’est inspiré des récits, des phénomènes inexpliqués et de sa propre réflexion philosophique.

Il a étudié les "communications" spirites comme des faits à analyser, mais sans jamais accorder à un esprit particulier un rôle de guide ou d’inspirateur.

Flammarion reste sceptique... mais intrigué.

 

Malgré ces observations troublantes, Flammarion ne saute jamais à la conclusion "surnaturelle".

Il écrit : « Ces phénomènes sont réels, nous les avons observés. Mais leur cause reste à déterminer. Ils ne prouvent pas nécessairement l’intervention d’esprits. »

 

Il envisage plusieurs hypothèses : Une forme d’énergie inconnue émanant du médium.

Des capacités psychiques latentes du cerveau humain. La possibilité de fraude, qu’il n’exclut jamais complètement.

Flammarion a donc assisté à des séances spirites, notamment avec des médiums célèbres comme Eusapia Palladino.

Il y a observé des phénomènes qu’il jugeait réels mais inexplicables, et parfois troublants.

Pourtant, il n’a jamais attribué ces manifestations à des "esprits" avec certitude. Pour lui, il fallait avant tout rester rigoureux, sceptique, et ouvert à d’autres formes d’explication.

Il disait : "Ce que nous appelons surnaturel n’est peut-être que naturel mal connu."

  

Citons encore, seulement à titre d’exemples quelques hommes connus et dignes de foi parmi lesquels Victor Hugo, Colonel de Rochas Arago, le professeur Charles Richet, etc.

 


En 1928, l’esprit de Leverrier, astronome né à Saint-Lô, en 1811, mort en 1877, se manifeste et, en s’adressant à l’un des assistants par l'intermédiaire de M. Beau, il lui dit :

Ne regarde pas à tes pieds, mortel entêté qui doute sans avoir cherché ; mais élève les yeux vers la voûte des cieux, porte de l’Infini où tremblent des étoiles.

Ne sois pas le rêveur qui, égaré par un reflet de lune, croit voir la Vérité surgir d’un puits ; elle est là-haut, au dessus de ta tête, aux foyers de lumière où naissent les clartés.

Homme, contemple et tais-toi. Le livre est grand ouvert, tout bleu, aux caractères d’or et de feu. Si tu le lis bien, si tu l’étudies avec passion tu trouveras en lui ces mots, cette conviction : Ad majorem Dei Gloriam (Pour la plus grande gloire de Dieu). Ce livre est à la portée de ton cerveau qui doit le considérer non seulement comme le code sublime de lois éternelles mais, aussi, comme la preuve mathématique de l’ordre universel régi par le « Grand Tout ».

 

Et si tu doutes encore, demandes à Copernic, à Galilée, à Newton, à Flammarion, à Einstein, demandes leur le flambeau qui Deo Juvante (Dieu aidant) t’éclairera.

Alors que de son vivant Leverrier, responsable de l'observatoire de Paris a renvoyé Camille Flamarion pour ses idées spirites ... que de chemin parcouru.


Victor Hugo et le spiritisme

Pendant son exil à Jersey, Victor Hugo s’initia au spiritisme, sous l’insistance d’une de ses amies : Madame de Girardin. Lors de la première séance qui eut lieu en septembre 1853, l’esprit de  sa fille Léopoldine Hugo, morte noyée 10 ans plus tôt se manifesta ;

De nombreuses autres séances suivirent presque quotidiennement et parfois plusieurs fois par jour. Victor Hugo, sa famille et quelques invités, pendant 2 ans et demi,  dialoguèrent avec les fantômes familiers de la maison : la Dame blanche, la Dame noire et la Dame grise mais également avec des personnages célèbres tels que Chateaubriand, Dante, Racine, André Chénier, Lord Byron, Walter Scott, Galilée, Shakespeare, Molière. A  ce dernier, il demanda :

Toi qui du vieux Shakespeare, a ramassé le ceste,

Toi qui, près d’Othello sculpta le sombre Alceste,

Astre qui resplendit sous un double horizon.

Poète au Louvre, archange au ciel, Ô grand Molière !

Ta visite splendide honore ma maison.

Me tendras-tu là-haut ta main hospitalière ?

Que la fosse pour moi s’ouvre dans le gazon,

Je vois sans peur la tombe aux ombres éternelles

Car je sais que le corps y trouve une prison

Mais que l’âme y trouve des ailes

Mais ce ne fut pas Molière qui lui répondit. L’esprit qui se chargea de donner la réplique au nom de l’immortel comique prit le nom d’ « Ombre du sépulcre » et malmena Hugo en ces termes :

O Toi qui veut savoir le secret des ténèbres,

Et qui tenant en main ton terrestre flambeau

Viens, furtif, à tâtons, dans nos ombres funèbres

Crocheter l’immense tombeau,

Rentre dans ton silence et souffle tes chandelles !

Rentre dans cette nuit dont quelquefois tu sors !

L’œil humain ne lit pas les choses éternelles

Par-dessus l’épaule des morts !

 

Le médium écrivain était Charles Hugo et ni lui, ni Vacquerie présent n’auraient pu improviser de telles choses. Quant à V. Hugo, il assistait mais ne prenait jamais place à la table des évocations ; d’ailleurs, il n’a jamais voulu que ces vers figurent dans ses œuvres : « Il va sans dire que jamais je n’ai mêlé à mes vers, un seul de ces vers venus du mystère, ni à une seule de mes idées, ces idées. Je les ai toujours religieusement laissés à l’inconnu qui en est l’unique auteur ». Souvent les esprits se présentaient comme des personnifications d’idées, de symboles : les idées du drame, de la mort, la poésie, etc.  


Albert Einstein

 Le Génie qui a Réécrit les Lois de l'Univers (5 mn)

 

Albert Einstein, né en 1879 en Allemagne et décédé en 1955 aux États-Unis, est l'un des plus grands génies scientifiques de tous les temps.

Son nom est synonyme de brillant intellectuel, et ses découvertes ont profondément transformé notre compréhension de l'univers.

Toutefois, ce qui distingue Einstein, ce n'est pas seulement la révolution qu'il a initiée dans le domaine de la physique, mais aussi sa manière unique d'appréhender le monde, sa vision du rôle de la science, et son engagement envers des causes sociales et politiques.

 

L’Émergence du Talent

 

Albert Einstein grandit à Munich dans une famille juive de la classe moyenne. Il n’était pas un enfant prodige, mais il a vite montré des aptitudes particulières pour les mathématiques et la physique.

Contrairement à l’image qu’on lui donne parfois de génie intransigeant, Einstein était un élève rebelle, en désaccord avec l’approche rigide de l’école, et il avait des difficultés avec certaines matières comme les langues.

Mais dès son adolescence, il commence à nourrir des idées novatrices sur la nature du monde, influencé par des lectures de philosophes et de scientifiques comme Immanuel Kant et Isaac Newton.

 

En 1905, alors qu'il travaille comme examinateur à l'Office des brevets de Berne, un petit poste sans grande gloire, il publie une série d'articles dans la revue scientifique Annalen der Physik.

Ces articles, aujourd'hui appelés les Années miraculeuses d’Einstein, changent à jamais le paysage scientifique.

 

La Théorie de la Relativité Restreinte

 

Le premier des articles marquants de 1905 est celui où Einstein présente sa théorie de la relativité restreinte.

Cette théorie révolutionne notre compréhension de l'espace et du temps. Selon Einstein, l’espace et le temps ne sont pas des entités séparées et fixes, mais ils sont intimement liés dans ce que l’on appelle l’espace-temps.

Cette idée s’oppose à la vision newtonienne, qui considérait l’espace et le temps comme des « conteneurs » fixes, indépendants les uns des autres.

 

Une des conséquences les plus célèbres de la relativité restreinte est l’équation E = mc², qui montre que l'énergie (E) et la masse (m) sont liées de manière équivalente, et peuvent se transformer l'une en l'autre.

 

Cela a des implications profondes, notamment pour la physique nucléaire et les découvertes liées à l’énergie atomique.

 

La Relativité Générale : Une Nouvelle Conception de la Gravité

 

En 1915, Einstein pousse encore plus loin sa théorie avec la relativité générale, qui réinterprète la gravité.

Selon lui, la gravité n’est pas une force mystérieuse comme la pensait Newton, mais une courbure de l’espace-temps provoquée par la présence de masse et d’énergie.

Cette courbure influe sur le mouvement des objets, qui suivent des trajectoires courbes dans un espace-temps déformé.

 

La relativité générale bouleverse la vision classique de l’univers et prédit des phénomènes incroyables, comme la déviation de la lumière par des objets massifs, ce qui a été confirmé lors d’une éclipse en 1919, propulsant Einstein au rang de célébrité mondiale.

Il devient une figure emblématique de la science, et la relativité générale devient un pilier de la physique moderne.

 

La Contribution à la Physique Quantique

 

Si la relativité est son plus grand héritage en matière de physique, Einstein a aussi laissé une marque indélébile sur le développement de la mécanique quantique.

En 1905, il explique l’effet photoélectrique, par lequel la lumière peut être vue comme composée de particules, ou quanta.

Ce travail lui vaut le prix Nobel de physique en 1921 ( Les panneaux photovoltaïques appliquent sa théorie).

Cependant, il était en désaccord avec certaines implications philosophiques de la mécanique quantique, notamment son caractère probabiliste.

Pour lui, « Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers », une phrase qui résume son scepticisme vis-à-vis de certains aspects de la théorie quantique, bien qu'il en reconnaisse les résultats.

 

Un Homme de Convictions

 

Albert Einstein n’était pas seulement un théoricien, mais aussi un homme de convictions fortes.

Au-delà de ses travaux scientifiques, il a eu un impact majeur sur les débats sociaux et politiques de son époque.

Sa pensée a toujours été marquée par un profond humanisme, une défense des droits civiques, du pacifisme, du socialisme et de la justice sociale.

 

Lorsqu’il émigre aux États-Unis en 1933 pour fuir le régime nazi en Allemagne, il devient un fervent défenseur des droits des Juifs et d'autres minorités persécutées.

Il milite également contre le militarisme, bien que paradoxalement, il ait signé une lettre au président Roosevelt en 1939, en avertissant de la possibilité de la création d'une bombe atomique.

Cette lettre a joué un rôle clé dans le lancement du projet Manhattan, qui aboutira à la création de la première arme nucléaire.

 

Dans ses dernières années, Einstein continue de promouvoir la paix et la coopération internationale. Après la Seconde Guerre mondiale, il devient un critique de la guerre froide et s’engage dans la cause d’un gouvernement mondial qui réduirait les tensions entre les nations.

Il reste un symbole de l’engagement intellectuel, non seulement pour la science, mais aussi pour le progrès humain.

 

L'Héritage d’Einstein

 

Aujourd’hui, Einstein est un symbole non seulement de génie scientifique, mais aussi d’humanité. Son héritage, à la fois théorique et philosophique, est omniprésent dans les recherches sur la relativité, la cosmologie, la physique des particules et bien d’autres domaines.

Ses théories ont permis des avancées incroyables, de la technologie GPS à la compréhension des trous noirs, et elles continuent de nourrir les débats sur la nature de l'univers.

 

Mais au-delà de son génie scientifique, Einstein est aussi un modèle de curiosité insatiable, de doutes constructifs et de dévotion à la vérité, quel qu'en soit le prix.

En cela, il incarne la quête humaine de savoir, un voyage sans fin pour comprendre non seulement les lois de la nature, mais aussi notre place dans l'univers.

 

 

L'Expansion de l'Univers chez Einstein et son Rapport avec le Spiritisme (5mn)

 

L'idée que l'univers soit en expansion est aujourd'hui largement acceptée par la communauté scientifique, mais cette découverte a des racines profondes dans les travaux d’Albert Einstein.

L'aspect fascinant de l'histoire est que l'univers en expansion s'entrelace de manière intéressante avec des thèmes spirituels et philosophiques, bien que d’un point de vue scientifique, Einstein lui-même n'ait pas explicitement abordé les liens entre ses théories et le spiritisme.

Cependant, il est possible d'explorer comment ses idées ont résonné avec certains concepts spirituels de son époque.

 

1. L'Expansion de l'Univers : De la Relativité à la Cosmologie Moderne

 

Albert Einstein a formulé la théorie de la relativité générale en 1915, qui a fondamentalement changé notre compréhension de la gravité et de la structure de l'univers.

Dans cette théorie, la gravité n'est pas simplement une force qui attire les objets vers les masses, mais plutôt la déformation de l’espace-temps par la présence de la matière et de l’énergie.

 

Au début, Einstein n’envisageait pas que l’univers puisse être en expansion. L'univers, dans sa vision, devait être statique et éternel.

Pour rendre sa théorie compatible avec cette idée, il introduisit un terme cosmologique dans ses équations : un facteur qui représentait une force répulsive contre la gravité, maintenant ainsi l'univers dans un état d'équilibre, sans expansion ni contraction.

 

Mais en 1929, l'astronome Edwin Hubble observa que les galaxies s'éloignent les unes des autres à des vitesses proportionnelles à leur distance, ce qui suggérait que l'univers est en expansion.

Einstein, qui était un fervent défenseur de l’idée d’un univers statique, admit plus tard avoir commis une erreur en introduisant le terme cosmologique, et il qualifia cette modification de ses équations de "plus grande erreur de sa vie".

Il se rendit compte que l'univers n'était pas figé, mais qu’il avait une dynamique évolutive.

 

2. La Relation avec la Méditation Spirituelle : Une Vision Dynamique de l'Univers

 

L’idée que l'univers soit en expansion allait bien au-delà de la simple mécanique physique : elle suggérait une vision dynamique, vivante, en constante évolution.

Cette notion de changement continu dans le temps a un écho certain dans certaines traditions spirituelles et mystiques.

De nombreuses philosophies, de l'hindouisme au taoïsme, considèrent l’univers comme un processus dynamique, où le temps, l’espace et la matière sont en perpétuelle transformation. Cette idée se rapproche de la vision d’un univers vivant, comme une entité cosmique évoluant à travers l’expansion et la contraction dans des cycles infinis.

 

Même si Einstein n'a jamais explicitement parlé du spiritisme, il est intéressant de noter que la découverte de l’expansion de l’univers a une forte résonance avec certaines idées spirituelles de son époque.

Par exemple, au début du 20e siècle, l'idéalisme et le mysticisme étaient des courants philosophiques très présents parmi les intellectuels.

Des penseurs comme Henri Bergson prônaient une conception de l’univers comme un flux dynamique d’énergie créative, similaire à la vision d’un cosmos en expansion qui évolue de manière continue, mais aussi de manière mystérieuse.

 

Le fait qu’Einstein ait découvert un univers dynamique, en expansion et non statique, peut être vu comme un parallèle avec ces conceptions métaphysiques de l'univers comme un phénomène vivant et évolutif, où l'esprit et la matière sont indissociablement liés dans un processus de transformation permanente.

 

3. Le Rapport avec le Spiritisme : Un Univers en Mouvement et la Quête de l'Invisible

 

Le spiritisme, avec ses racines dans le 19e siècle et son développement à travers des figures comme Allan Kardec, posait l'idée que le monde spirituel était en constante interaction avec le monde matériel, et qu'il existait une dimension invisible qui influençait notre existence.

 

 

Si Einstein n’a jamais fait un lien direct entre son travail en cosmologie et le spiritisme, la manière dont il concevait l’univers a des résonances intéressantes avec certaines idées du spiritisme.

 

Dans le spiritisme, l'idée centrale est que les esprits des défunts peuvent influencer le monde des vivants, et que le monde matériel et spirituel sont interconnectés.

La communication avec les morts, bien que non prouvée scientifiquement, repose sur l'idée que l'univers est un système dynamique et interconnecté où les frontières entre l'invisible et le visible sont perméables.

 

La relativité générale d'Einstein, en modifiant notre compréhension de la gravité, des forces et de la structure de l'univers, peut aussi être interprétée comme une réflexion sur l'invisible, l’inconnu, ce qui dépasse notre compréhension immédiate de la réalité physique.

Le fait que l’univers soit en expansion et en évolution continue renforce cette idée de mouvement perpétuel, une notion qui fait écho aux concepts du spiritisme, où l’esprit est vu comme un agent en constante évolution, se réincarnant et progressant dans une quête vers une forme plus élevée de compréhension.

 

4. Les Parallèles avec l’Inconnu et la Mystique

 

En dépit de son rationalisme scientifique, Einstein a parfois exprimé une profonde admiration pour le mystère de l’univers.

Il parlait fréquemment de la "réligiosité cosmique", une sorte de fascination pour l'ordre mystérieux et la beauté de l'univers.

Bien qu’il ne fût pas croyant au sens traditionnel, il disait : "La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle."

Ce commentaire souligne une forme de respect mystique pour l'invisible, qui est résonant avec des idées spirituelles qui cherchent à comprendre l'univers à travers des principes non visibles et non mesurables, tout en cherchant à concilier ces deux dimensions.

 

Dans ce contexte, l'idée de l'expansion de l'univers peut aussi être perçue comme une métaphore de l'invisible en expansion, de l’inconnu qui se révèle peu à peu à notre compréhension.

Cela pourrait être vu comme une forme de quête spirituelle : une expansion de la conscience, de la compréhension de soi et de l’univers, qui rejoint certaines idées du spiritisme concernant le progrès spirituel et l'évolution de l'âme.

 

5. Einstein, la Quête de Vérité et l’Esprit

 

Même si Einstein était sceptique vis-à-vis des croyances religieuses ou spirites, sa vision de l'univers et de la nature de la réalité — un cosmos en expansion, mystérieux, imprévisible mais cohérent — rejoint des préoccupations similaires à celles des spiritistes et des mystiques : comprendre le sens de l’univers, aller au-delà des apparences et chercher des vérités cachées, souvent invisibles et incompréhensibles, mais néanmoins réelles.

 

Un éminent physicien, Paul Espstein, fit un jour en sa présence, allusion au moment solennel ou la révélation d’une grande vérité vient à l’homme.

Un soir Albert était confortablement installé devant la fénêtre donnant sur la par de Bayerrischerplatz. Absorbé par ses pensées.

Albert comment êtes vous arrivé à faire votre découverte ?

Dans une vision dit il, un matin au réveil, un rêve apparu avec une précision infinie, avec son unité secrète de mesure, de structure, de distance, de temps, d’espace, un puzzle c’est constitué dans mon esprit, soudainement, claire, la carte immense de l’univers c’est déployée devant moi comme une vision éblouissante.

  

En définitive, la théorie de l’expansion de l’univers d'Einstein, tout en restant une révolution scientifique, peut être vue comme un reflet moderne de cette quête de l’invisible qui est au cœur du spiritisme : une recherche permanente de ce qui se cache au-delà de notre perception immédiate.

Même si Einstein n’a jamais explicitement relié son travail à ces idées, sa vision de l'univers en constante évolution et l’importance de la recherche de la vérité résonne avec des préoccupations spirituelles universelles.

 

Ce texte montre que, bien qu'Einstein soit plus un rationaliste qu’un mystique, ses découvertes et sa vision de l’univers ont des parallèles fascinants avec des idées spirituelles, y compris celles du spiritisme


Jean Cocteau

Jean Cocteau et le Spiritisme 

Jean Cocteau, né en 1889 et mort en 1963, est une figure incontournable de la scène artistique française du XXe siècle. Poète, romancier, cinéaste, dessinateur, dramaturge… il incarne à lui seul une forme de génie protéiforme, à la fois classique et avant-gardiste. Cocteau est aussi un homme fasciné par l'invisible, l'étrange et le mystique. C’est dans cet espace, entre art et spiritualité que se situe son rapport au spiritisme.

Le spiritisme, très en vogue en Europe dès la fin du XIXe siècle, repose sur la croyance qu’il est possible de communiquer avec les morts, notamment par l’intermédiaire de médiums. Ce courant mystique a attiré de nombreux artistes, en quête d’inspiration ou de réponses métaphysiques. Cocteau, lui, ne s’est pas contenté de s’y intéresser en spectateur : il a intégré l’idée de l’au-delà dans sa pensée, son œuvre… et jusqu’à sa manière de vivre.

 

Il disait : « Les poètes ne sont pas des hommes comme les autres. Ils parlent avec les ombres. » Chez Cocteau, cette formule n’est pas qu’une image : l’au-delà est une réalité, un territoire mental et poétique qu’il explore à travers ses créations. Son film Orphée (1950), adaptation moderne du mythe grec, en est un exemple saisissant : le personnage principal traverse un miroir — littéralement — pour entrer dans le monde des morts. Ce miroir, symbole de passage entre deux mondes, revient souvent chez Cocteau, tout comme les anges, les spectres ou les voix venues d’ailleurs.

 

Il se disait lui-même « médium » au sens poétique : un intermédiaire entre deux réalités. Dans certains textes, il évoque des expériences quasi spirites — des sensations de présences, des voix, des signes. Il affirmait même que l’inspiration artistique pouvait venir de l’au-delà, et que les artistes étaient des récepteurs plus sensibles que les autres.

 

Cocteau n’a jamais pratiqué le spiritisme de manière académique, comme dans les salons de la Belle Époque. Chez lui, l’expérience est intérieure, onirique, plus proche du surréalisme que du rituel. Il ne cherche pas à convoquer des esprits pour obtenir des réponses : il dialogue avec eux comme avec des parties de lui-même. Son œuvre tout entière peut être lue comme une tentative de percer les frontières entre le visible et l’invisible.

 

Enfin, dans ses dernières années, Cocteau reste fidèle à cette vision : la mort n’est pas une fin, mais un passage. Quelques jours avant sa propre disparition, il aurait déclaré : « Je reste avec vous. Je suis là. » Une phrase qui résonne étrangement comme une promesse… ou un message d’outre-tombe.

Jean Cocteau et son Rapport au Spiritisme 

 

Son œuvre se nourrit d’un imaginaire fascinant, où se croisent mythes antiques, symbolisme, surréalisme et réflexions sur la nature de l’art. Mais au-delà de cette richesse, Cocteau nourrit une passion particulière pour les questions métaphysiques, et plus spécifiquement pour le spiritisme, phénomène mystique qui connaît un grand essor au XIXe siècle.

 

Le spiritisme est une croyance fondée sur l’idée que l’on peut communiquer avec les morts, généralement à travers des médiums ou lors de séances particulières. Ce courant mystique et ésotérique, popularisé par Allan Kardec en France, se développe largement au cours de la fin du XIXe siècle, en particulier parmi les artistes et les intellectuels. De nombreux écrivains, peintres et musiciens se laissent envoûter par cette quête de l’invisible, et parmi eux, Jean Cocteau occupe une place singulière.

 

Pour Cocteau, le spiritisme n’est pas un simple divertissement ou une mode passagère, mais une véritable clé d’accès à un monde parallèle, mystérieux et poétique. Il y voit avant tout un moyen de surmonter les limites de la perception humaine et de dialoguer avec l’au-delà. Pour l'artiste, l'invisible n’est pas un simple objet de croyance, mais une réalité qui façonne son travail et sa vision du monde.

 

Le Spiritisme, une Influence Poétique

 

Jean Cocteau ne se livre pas à des pratiques spirites au sens strict du terme — il ne participe pas à des séances de « tables tournantes » ou à des rituels de communication avec les défunts. Cependant, il considère l'art comme un moyen de toucher à l'invisible. À ses yeux, la poésie, le cinéma et même la peinture permettent d'explorer des dimensions occultes et de révéler des vérités cachées.

 

Dans "Le Livre Blanc" (1928), Cocteau écrit : « Les poètes ne sont pas des hommes comme les autres. Ils parlent avec les ombres. » Cette phrase résume parfaitement son rapport aux forces invisibles qui l’entourent. Pour Cocteau, l’inspiration artistique est toujours liée à un processus de réception, comme un médium qui capte des ondes invisibles, une voix ou une pensée venant d’ailleurs. Les poètes, dans cette conception, sont des intermédiaires, des transmetteurs entre le monde des vivants et celui des morts, ou entre le monde tangible et l’au-delà.

 

En 1965 Robers Kanters, critique littéraire écrivait : Jean Cocteau entendait le cœur des muses avec une mesure d’avance sur ses contemporains.

En réalité l’auteur des « Parents Terribles », subordonnait son inspiration à celles d’entités qui s’imposaient à lui dans l’élaboration de son œuvre littéraire.

 

J’ai souvent raconté, nous dit Cocteau, la halte que m’imposa pendant que je composais « Les enfants terribles » à la clinique de Saint Clout, la liberté que j’avais de quitter ce rôle de médium pour y substituer certaines notes personnelles….

La force mystérieuse qui me dictait me tourna bel et bien le dos et se replia sur elle-même au silence.

Il me fallut attendre, tête basse que 17 jours après cette halte, le rythme voulu ce

remette en marche.

 

Mes pages les plus importantes sont à mon estime, celles où je ne me suis pas mêlé, ou j’acceptais le rôle de subalterne, de scribe, de médium écrivain.

Un an avant sa mort, celui qui décora avec un talent si particulier la salle des mariages de la mairie de la ville de Menton confiait à ses proches : j’écrivais presque sans contrôle sous la dictée de ce Moi meilleur que nous et qui nous habite. Je crois que tous les authentiques poètes sont dans mon cas.

 

Le 18 avril 1964, dans l’hebdomadaire MATCH, Jean Pierre Aumond, acteur réputé et ami de Jean Cocteau, écrivait après la première de « la Machine Infernale » donnée le 10 avril 1934 au théâtre de la Comédie des Champs  Elysée, l’auteur « des Parents Terribles », lui aurait tenu les propos suivants :

Tu sais ce que sait, les gens croient que l’on fait une pièce, mais non, je n’ai jamais écris une ligne, tout m’a été dicté, « la Machine » m’a été dictée en une nuit, j’obéis je suis un poète de …. Quoi.

 

On écrit une pièce, les acteurs en jouent une autre et le public en entend une troisième. Tout succès est un malentendu.

30 ans plus tard, Cocteau posa cette question à Jean Pierre Aumond, sais tu ce qu’est devenu « la Machine Infernale » ? Oui, ça vient de paraitre dans la collection Larousse les classiques pour tous.

Le Poète comme Médium

 

Cocteau se considérait lui-même comme un médium au sens poétique du terme. Il se percevait comme un récepteur, un instrument à travers lequel des forces invisibles se manifestaient. Il ne cherchait pas simplement à créer, mais à "canaliser" des visions, des révélations ou des inspirations qui venaient de l'au-delà. Ses œuvres, telles que ses poèmes ou ses films, sont comme des messagers entre deux mondes : celui des vivants et celui des morts, celui du quotidien et celui des « ombres ».

 

L’Art comme Passage

 

Dans ses dernières années, Cocteau, qui reste fasciné par l’au-delà, semble définitivement considérer l’art comme une sorte de passage vers une réalité supérieure.

Ainsi, pour Cocteau, l’art et le spiritisme se rejoignent dans une même quête de l’invisible. Son œuvre est une forme de médium, permettant de traverser les frontières de l’expérience humaine et de toucher du doigt des réalités plus profondes et mystérieuses. Comme un poème que l’on déchiffre et qui fait appel à des forces inconnues, son travail est un appel à la rencontre avec l’au-delà.

 

Ce texte offre un aperçu détaillé de la relation particulière qu’entretient Cocteau avec le spiritisme. Il souligne la manière dont l’artiste mêle l'art, la poésie et le mysticisme, tout en plaçant son rapport au spiritisme dans une perspective personnelle et profondément créative.

 

Un visite à Milly la forêt retrace ses dernières années, visite de sa demeure, de la bibliothèque et de la chapelle décorée par l'artiste, à voir. 


Ferdinand                       PEINTRE et GRAVEUR Desmoulin

   SPIRITE

 

 

 

 

 

 

 

 

PAR LUCIEN PAUILLAC

Naturopathe, guérisseur et conférencier à l’USF

Né à Javerlac en 1853, destiné à la médecine, Desmoulin abandonne cette voie pour se consacrer à l’art graphique et devient étudiant aux Beaux-Arts, où il a pour Maîtres William Bouguereau, Luc-Olivier Merson et Félix Bracquemond.

Il y acquiert une technique irréprochable dans le domaine de la gravure et plus précisément de l’eau-forte.

Desmoulin ne néglige cependant guère le niveau d’un portraitiste habile.

 

Devenu graveur officiel de toutes les célébrités littéraires et artistiques de son temps, il acquiert une situation

 

matérielle relativement aisée. Il expose au Salon des artistes français à Paris de 1883 à 1890, ensuite à la Société Nationale des Beaux-Arts à Paris de 1891 à 1899, puis de nouveau en 1903 et de 1906 à 1910.

Dans ses dernières expositions s’ajoutent des paysages inspirés des Pays-Bas et de Venise, où il finit sa vie en 1914.

 

 


Collaborateur à La Vie Moderne, il se lie d’amitié avec Georges Charpentier et Émile Zola. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1897.



Rose-Marie Brown

Une Médium au Service de la Musique Céleste

Rosemary Brown, née en 1916 en Angleterre, est l’une des figures les plus fascinantes du monde des médiums du 20e siècle. Non seulement elle est reconnue pour ses capacités spirites exceptionnelles, mais elle a également fait une contribution unique au monde de la musique classique. L’histoire de Rosemary Brown est profondément marquée par ses expériences avec les esprits de compositeurs célèbres tels que Frédéric Chopin, Ludwig van Beethoven, Franz Liszt, et Claude Debussy, qui, selon elle, lui dictaient des œuvres musicales depuis l’au-delà.

 

Son histoire est à la fois un témoignage de l'influence du spiritisme dans le monde de l’art et une exploration du rapport entre l'invisible et le créatif. Loin de se limiter à des phénomènes spectaculaires ou à des simples apparitions, son expérience spirituelle est une révélation pour les musiciens, les médiums et ceux qui s’intéressent aux relations entre l’au-delà et le monde matériel.

 

Le Début de l'Histoire : Une Rencontre avec l'Invisible

Rosemary Brown est issue d’un milieu modeste. À la fin des années 1950, alors qu’elle vit à Londres, elle commence à recevoir des messages spirituels. À l’époque, elle n’a aucune expérience préalable du spiritisme, mais un événement particulier va changer sa vie : une nuit, alors qu'elle se trouve dans une situation émotionnellement éprouvante, elle ressent la présence d'un esprit qui la réconforte. Cet esprit se fait appeler Chopin, et il commence à communiquer avec elle.

 

Au début, Rosemary Brown pense que ce n’est qu’une imagination ou un rêve. Mais la situation devient de plus en plus évidente. Peu après cette rencontre, elle commence à entendre des mélodies, des harmonies, des suites musicales qu’elle n’a jamais apprises et qu’elle n’aurait jamais pu composer par elle-même. Elle enregistre les œuvres et les identifie comme étant des pièces non écrites de compositeurs célèbres, en particulier Chopin. Dès lors, elle se rend compte qu’elle est en contact avec l’au-delà et que ces esprits cherchent à exprimer des messages par l’intermédiaire de sa musique.

 

Une Relation avec les Grands Compositeurs du Passé

Au fil des années, d'autres compositeurs célèbres commencent à se manifester à travers Rosemary Brown, notamment Beethoven, Liszt, Debussy et Schubert. Ce qui rend son cas unique, c’est que ces compositeurs, bien que morts depuis longtemps, lui dictent des œuvres inédites.

Selon ses témoignages, ils lui transmettent des partitions et des compositions qu’elle transcrit sur papier. Elle parle de ses séances comme de véritables dictées spirituelles, dans lesquelles ces compositeurs lui font partager leur inspiration.

Les pièces qu’elle reçoit sont, selon ses dires, authentiques, et portent la marque du style propre à chaque compositeur.

Par exemple, les œuvres dictées par Chopin sont marquées par l’élégance et la sensibilité du compositeur polonais, tandis que celles de Beethoven ont cette force et cette profondeur qui caractérisent son génie.

Le cas de Rosemary Brown est unique en ce sens que ces dictées musicales semblent provenir non pas d’une inspiration personnelle, mais d’une connexion directe avec les grands noms de la musique classique.

Elle affirme qu’au début de ces rencontres, elle recevait simplement des idées musicales sous forme d'impressions mentales, mais avec le temps, elle réussit à transcrire les morceaux sur papier avec une précision étonnante.

Les mélodies étaient parfois complexes et d’une grande beauté, même si elles avaient été composées par des esprits « distants » dans le temps.

 

Le Processus de Composition Spirituelle

Selon Rosemary Brown, le processus par lequel elle recevait ces dictées spirituelles était similaire à une communication médiumnique. Les compositeurs ne se manifestaient pas physiquement mais émisaient des vibrations subtiles qu’elle recevait en tant que médium.

Elle restait concentrée sur les sensations qu’elle éprouvait et était capable de retranscrire en musique ces messages venus de l’au-delà.

Les esprits des compositeurs célèbres semblaient vouloir continuer leur œuvre même après leur mort, et leur motivation était, selon Brown, de contribuer à l’enrichissement de l’humanité.

Les pièces composées par les esprits ont été interprétées par des musiciens et des compositeurs contemporains, et bien que certaines aient fait l'objet de critiques sur leur authenticité, beaucoup trouvent qu’elles portent la signature stylistique des grands maîtres.

Les messages de ces compositeurs allaient bien au-delà de la musique : ils lui parlaient aussi de leur vision de la vie, de la mort, et de la nature de l’univers. Selon Rosemary, ces échanges lui ont permis de mieux comprendre les lois spirituelles qui gouvernent l’au-delà, et de développer une compréhension plus profonde de la vie après la mort.

 

La Réception et les Critiques

Le cas de Rosemary Brown a suscité un grand intérêt dans les cercles spirites et parmi les musiciens.

Nombreux sont ceux qui voient en elle une porteuse de messages spirituels, capable de transmettre une forme d'art supérieur et d'une inspiration cosmique. Ses œuvres ont été jouées et enregistrées par des musiciens, et certains critiques ont reconnu la beauté et la profondeur des compositions qu’elle a reçues, bien qu’ils aient mis en doute leur origine spirituelle.

D’un autre côté, le scepticisme était également fort. Beaucoup de scientifiques et de rationalistes ont rejeté l'idée que des compositeurs décédés puissent réellement transmettre de la musique à travers un médium.

Toutefois, certains ont souligné l'importance de la subjectivité dans ce type de phénomène : Rosemary Brown pourrait être considérée comme une médium créant de la musique sous une forme inspirée, bien que certains détails semblent aller au-delà de ce que l'on pourrait simplement appeler de l'inspiration personnelle.

 

Rosemary Brown et la Quête Spirituelle

Au-delà de la musique, Rosemary Brown représente un pont entre les mondes, un médium cherchant à donner une voix à ceux qui sont partis mais qui, selon elle, continuent d’avoir des messages à transmettre. Son expérience est une illustration vivante de ce qu'on pourrait appeler une spiritualité créative, où l'art devient un canal de communication avec l’invisible.

Elle n’a pas cherché à imposer ses œuvres ou à se faire un nom.

Sa démarche était avant tout une quête spirituelle, dans laquelle elle cherchait à comprendre et à partager des idées qui ne pouvaient pas être perçues par les sens ordinaires.

À travers sa musique, elle a voulu offrir au monde des compositions venues d’un autre temps, permettant de toucher les esprits de ceux qui avaient marqué l’histoire de la musique classique.

 

Conclusion : Une Médiumnité Musicale

L’histoire de Rosemary Brown est à la fois celle d’une médiumnité hors du commun et d’une connexion profonde avec les grands maîtres de la musique.

Ses expériences avec les esprits de compositeurs célèbres ont ouvert une voie nouvelle pour l'art spirituel, où l’invisible et le créatif se rejoignent dans un acte de transmission transcendante.

Bien que son histoire ait été marquée par des critiques et des doutes, elle reste un exemple fascinant de l’influence du spiritisme sur la création artistique et l’ouverture vers une autre dimension de l’existence humaine. 

 

Ce texte permet d'explorer le parcours unique de Rosemary Brown, sa médiumnité musicale, ainsi que la manière dont le spiritisme a joué un rôle central dans sa vie et son art

 


Adrienne Bolland

 

Adrienne Bolland, née le 25 novembre 1895 à Arcueil et morte le 18 mars 1975 à Paris, est une aviatrice et résistante française, célèbre pour avoir été la premère femme à effectuer la traversée par avion de la cordillère des Andes. 

Comme elle le révélera à la presse en 1951, elle devait d'avoir eu la vie sauve à l'avertissement d'une femme envoyée par un médium tandis qu'elle se préparait pour prendre le train de Mendoza. Cette femme l'aurait adjurée, au moment du survol d'un lac en forme d'huître, de prendre un passage risqué à gauche, face à la montagne, plutôt qu'à droite. « Le cas Adrienne Bolland » [archive], les-archives-du-savoir-perdu.webnode.fr, 9 mai 2015.

 

ACROBATE ET TEMERAIRE

En 1921, Adrienne Bolland franchit la cordillère des Andes sur un vieux biplan de 80 ch

A l'automne 1919, dans un restaurant de Montparnasse, une jeune femme qui vient de perdre une forte somme d'argent s'adresse à des amis : « Cette fois, c'est bien fini. Je n'irai plus aux courses... Je vais faire de l'aviation! »

Un voisin de table, amusé par cette promesse, s'approche : « Vous voulez apprendre à voler? Ça ne peut pas mieux tomber. J'ai des amis bien placés qui permettront aux dix premiers aviateurs s'engageant chez Caudron de faire leur apprentissage aux meilleures conditions. Nous sommes dimanche; téléphonez-moi votre décision mercredi. »

 

 

C'est ainsi qu'Adrienne Bolland, née le 25 novembre 1895 à Arcueil-Cachan, devient élève pilote à l'école Caudron, au Crotoy, le 16 novembre 1919. Une semaine plus tard, elle effectue son premier vol, en passagère. Elle a peur, les virages la rendent malade, mais elle montre déjà un sens de l'air certain. Et quand on lui demande, à l'atterrissage, comment cela s'est passé, elle répond : « Très bien!... Et pourquoi cela ne se serait-il pas très bien passé? »

 

Le 29 janvier 1920 — deux mois après ce premier vol —, l'élève extrêmement douée, au caractère affirmé, obtient son brevet de pilote. René Caudron, qui l'a remarquée, l'embauche immédiatement. Pendant des mois, elle fait des convoyages, mais rêve d'avoir un avion à elle. Son patron, consulté, lui dit : « Le jour où vous faites un looping, l'avion vous appartient. » Rien ne semble impossible à la volontaire Adrienne et, quelques jours après, ce n'est pas une fois, mais deux fois qu'elle « boucle la boucle ». Le Caudron G.3 F-ABEW est à elle!

Toute la semaine, elle poursuit son métier et, le dimanche, elle participe à des meetings. Cette activité ne la satisfait pas. C'est alors qu'elle expose son grand projet à Caudron : traverser la cordillère des Andes! Celui-ci, sans l'encourager, ne s'y oppose pas. « Il n'était pas mécontent que je parte, dira l'aviatrice, avec mon fichu caractère, je mettais la pagaille partout! »

En attendant, elle se rend en Angleterre présenter un avion Caudron; bien entendu, la traversée de la Manche est au programme. Mais, ayant de bons amis à Bruxelles, elle va les retrouver et la soirée se termine fort tard.

Lorsque, le lendemain matin, elle se fait monter son petit déjeuner dans sa chambre, elle aperçoit un gros titre sur le journal : « Une aviatrice perdue dans la Manche. » Et Adrienne se dit : « Tiens, une fille a voulu traverser en même temps que moi... » Elle arrive au terrain où tout le monde l'attend. « On te cherche partout!... » Toute la nuit, alors qu'elle dormait, la Marine avait fouillé la Manche!...

 

N'ayant plus un sou vaillant pour rentrer à Paris, il ne lui reste plus qu'à « taper » René Caudron; après avoir refusé, celui-ci cède enfin devant la menace : « Si vous ne m'envoyez pas d'argent, je vends votre rafiot. »

Elle rentre au Crotoy, s'attendant pour le moins à un sermon. Mais l'escapade de Bruxelles lui a fait une telle publicité que tout se passe bien, et, huit jours plus tard, le 25 août 1920, elle traverse la Manche, déjà franchie, en sens inverse, par l'Américaine Harriett Quimby, en 1912. Une série de démonstrations suivent ce vol, finalement bénéfique pour le constructeur.

Enfin, le 4 décembre, Adrienne Bolland et le mécanicien Duperrier partent en bateau pour l'Amérique du Sud : dans la cale, son Caudron G.3 à moteur Gnome de 80 ch. Avec cet avion, qui plafonne à 4 300 m, il n'est pas question de vaincre les Andes. Il faut se contenter de démonstrations et de meetings en attendant l'arrivée d'un appareil plus puissant. Mais celui-ci se fait attendre. La presse — qui a annoncé le vol et le public s'impatientent. L'utilisation du G.3 à moteur de 80 ch est finalement décidée.

Le 31 mars, une inconnue vient lui rendre visite dans sa chambre d'hôtel et lui dit : « Écoutez mes conseils... En partant, survolez la vallée qui mène au col de Las Cuevas; vous arriverez en vue d'un lac qui a la forme et la couleur d'une huître. Là, virez à gauche vers la montagne. Si vous prenez à droite, vous êtes perdue. Si vous suivez mon conseil, vous trouverez une brèche et vous passerez. »

Seule sur la Cordillère

Et, le ter avril, c'est l'exploit! L'aviatrice part seule de Mendoza, caparaçonnée de journaux pour se protéger du froid. Son appareil plafonne à 4 300 m et les cimes proches sont à 4 200 m, ce qui ne lui laisse guère de marge en cas de remous.

Malgré ces précautions, elle souffre de la très basse température, mais elle persiste et obéit aux conseils de l'inconnue. Les lèvres fendues par le froid, elle se pose sur l'aérodrome de Santiago après 4 heures 17 minutes de vol. Pour la première fois, une femme, seule à bord d'un petit appareil, a franchi la Cordillère.

Le consul de France, prévenu de son arrivée, ne se déplace pas; il croit à un « poisson d'avril »! Il est vrai qu'on lui avait déjà « fait le coup » quelques jours plus tôt.

Après quelques semaines passées en Amérique du Sud, où fêtes, remises de décorations, réceptions se succèdent, Adrienne, fatiguée de cette vie mondaine, vend l'avion et rentre en France.

Elle y reste environ un mois puis repart avec Duperrier et un nouveau G.3 pour l'Amérique du Sud. Elle souhaite user de son renom pour rehausser le prestige de la France dans ces pays.

Beaucoup de projets sont en vue : participer à des meetings, donner des baptêmes de l'air et réaliser la première liaison aérienne Rio de Janeiro-Buenos Aires par hydravion, ce qui implique que l'on équipe l'avion de flotteurs.

Le travail est exécuté de main de maître par son mécanicien. Il faut maintenant apprendre à piloter l'appareil; or Adrienne Bolland n'a encore jamais vu décoller ni amerrir un hydravion. Une fois de plus, sa volonté triomphe, et le départ est décidé.

 

Plusieurs étapes sont nécessaires, le moteur est difficile à mettre en route. Duperrier fait remarquer à l'aviatrice qu'elle ne peut partir seule. Il lui faut donc se priver de bagages et emmener son mécanicien. Ils décollent, non sans difficulté, un matin de février 1922. L'appareil est lourd et prend difficilement de l'altitude.

A 170 km de Rio environ, l'hélice se brise et il faut toute la science du pilote et de son mécanicien pour se tirer sans mal de l'aventure. L'appareil est le jouet d'une forte houle qui le pousse vers la côte et menace de le démanteler. Péniblement, l'équipage le hisse vers le rivage, où l'hydravion arrive en assez mauvais état! Des Indiens Pescadores offrent l'hospitalité aux aviateurs et les mettent sur le chemin de Santos, d'où, avec l'aide d'une caravane d'indigènes, ils vont rapporter des pièces de rechange. La réparation a lieu dans de très mauvaises conditions.

Après dix-huit jours de jeûne, très affaiblis, ils décident de repartir. 11 reste peu d'essence dans le réservoir, et ils n'ont aucune chance d'atteindre Santos. Le décollage est pénible, et bien vite le carburant est épuisé. C'est alors qu'Adrienne aperçoit un site propice : un bras de mer abrité du vent, qui sépare l'île de São Sebastiào du continent. L'amerrissage est réussi, ils sont sauvés!

Le lendemain, un Brésilien conduit Adrienne au poste militaire pour demander qu'on envoie un bateau les chercher. En raison du danger qu'offrent les roches sous-marines, un seul équipage se propose, moyennant une somme de 10 000 francs. Le bateau est celui qui transporte les forçats à l'île de Los Porcos.

A l'arrivée à Rio, l'état physique des deux aviateurs est tel qu'ils doivent être hospitalisés et qu'un moment on envisage même d'amputer Adrienne d'une jambe.

 

Duperrier reconstruit l'appareil, ce qui permet à Adrienne de faire des exhibitions et de donner de nombreux baptêmes de l'air pendant l'Exposition internationale de Rio de Janeiro. Mais un soir, alors qu'elle va amerrir, une pirogue surgit brusquement devant elle. Voulant l'éviter, elle percute une digue. L'appareil est complètement détruit. Caudron ne donne plus d'argent; l'ambassade les ignore; il faut rentrer.

 

Des meetings et des coupes

Au début de 1923, nos deux héros sont rapatriés par le Valdivia, de la Compagnie Sud-Atlantique. A bord, l'aviatrice, épuisée par le climat et par les privations, contracte la coqueluche, qui met sa vie en danger.

Dès que sa santé le permet, elle reprend son activité. En mars 1923, elle obtient le brevet de pilote de transport public n° 751. C'est la première fois qu'une femme obtient cette qualification.

Le 24 juin, en compagnie d'une passagère, Mme Faure-Favier, elle remporte la coupe des Dames au Week-End aérien du Touquet.

Sa collaboration avec la société Caudron prend fin. Aux côtés d'Ernest Vinchon, elle se consacre à la Société de propagande aéronautique, donne des baptêmes de l'air et se fait remarquer par ses évolutions audacieuses. Elle dispose maintenant d'un Caudron C-127.

Le 22 mars 1924, elle reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en récompense des actions menées pour le renom de l'aviation française. Voulant toujours faire plus, elle décide de s'attaquer au record du monde de loopings, détenu par Alfred Fronval avec I Ill boucles. Pour faire de la bonne publicité au meeting de Vincennes, les organisateurs lui demandent de réaliser cet exploit la veille de la manifestation.

C'est ainsi que le 7 juin 1924, à Orly, elle se met en piste avec son C-127. Tout va bien lorsque, après 73 minutes de vol, la rupture d'une bougie l'oblige à interrompre sa tentative. Elle a cependant exécuté 212 loopings et battu le record mondial féminin. Le lendemain, Adrienne se fait remarquer au meeting de Vincennes.

Jusqu'en 1936, vols de démonstration et baptêmes de l'air se succèdent. Sans aide, sans subvention, avec Vinchon — qu'elle épouse en 1930 — et Saladin, elle se fait remarquer à travers toute la France.

Cette activité se passe sans accidents graves, sauf en avril 1930, au Bourget. Alors qu'Adrienne Bolland va se poser après avoir donné un baptême de l'air à une passagère, elle s'aperçoit que les ailerons ne répondent plus. Le câble de commande a été scié! L'avion est couché, en virage, en direction des hangars.

A grands coups d'accélérateur, elle réussit à les éviter et tente de reprendre de la hauteur, mais l'avion se met en vrille... Elle coupe le contact et percute le toit d'une baraque en planches après avoir arraché les fils électriques. Pilote et passagère s'en tirent sans autre mal qu'un pouce foulé et une paire de bas filés.

De 1936 à 1939, la maladie tient Adrienne éloignée des meetings. Elle vole cependant, mais en touriste. Après l'armistice de juin 1940, elle entre, ainsi que son mari, au réseau « Centurie ». Dès mars 1942, « Toto » (Vinchon) et Adrienne sont à Donnery, près d'Orléans, d'où ils dirigent d'efficaces opérations de résistance.

Autour d'eux, un noyau d'hommes et de femmes courageux et dévoués leur donne de nombreux renseignements, qu'ils transmettent aux Alliés. Mais une telle activité ne passe pas inaperçue. Le 8 août 1943, « Toto » est arrêté et sa femme lui succède à la tête de l'équipe. En janvier 1944, l'étau nazi se resserre. Adrienne Bolland et quelques amis projettent de gagner l'Angleterre.

Pour cela, un petit avion utilisé par l'officier allemand qui surveille les maquis de Sologne semble pouvoir convenir. Des camarades convient les Allemands à un festin de cochonnaille copieusement arrosé. Pendant ce temps, Adrienne examine l'appareil. Le projet doit être abandonné en raison de la trop courte autonomie de l'avion.

La Libération permet au colonel Vinchon de rentrer chez lui. Le 31 décembre 1947, la rosette d'officier de la Légion d'honneur est attribuée à son épouse. En mars et avril 1971, Adrienne Bolland part, à bord d'un Boeing 707, assister aux cérémonies qui, dans toute l'Amérique du Sud, commémorent l'exploit du 1er avril 1921, et, à bord d'un Aero-Commander des forces armées argentines, refait le chemin parcouru cinquante ans plus tôt.

 

 

Elle meurt le 24 mars 1975. Peu de temps avant, elle déclarait à une amie : « Me reposer? Ne pas faire ceci ou cela? Jamais de la vie. Le jour où on pourra me manipuler, je serai morte. La mort ne m'effraie pas! 

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